scolaire ateliers pédagogique bagne en héritage puzzle

Créer une offre scolaire pour transmettre l’histoire du bagne

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Comment permettre aux élèves de comprendre autrement qu’à travers un chapitre de manuel ou quelques documents étudiés en classe ? Comment faire entrer cette histoire dans un lieu, dans des paysages, dans une expérience sensible ?

C’est à partir de ce constat que j’ai conçu en 2015 le projet Le bagne en héritage, un parcours destiné aux scolaires autour de l’histoire du bagne en Nouvelle-Calédonie.

Un dispositif complet alliant visite et ateliers

Des initiatives existaient déjà. Une introduction spécifique à cette histoire avait notamment été proposée aux enseignants en devenir grâce à l’université. Mais il manquait encore un dispositif complet, pensé pour les classes, associant visite de terrain, outils pédagogiques et ateliers de médiation.

J’ai donc imaginé une offre scolaire capable de répondre à un double besoin : accompagner les enseignants dans la transmission de cette histoire obligatoire et permettre aux élèves de la comprendre par une approche concrète, sensible et active. Une fois le projet structuré, je l’ai présenté aux instances éducatives du territoire et de la province Sud. Leur aval était essentiel, car un projet culturel destiné aux scolaires ne peut pas se construire en dehors des attendus pédagogiques, du rythme des classes et des besoins réels des enseignants.

Un concours pour du mécénat d’entreprise

Lorsque le cadre a été validé, il a fallu chercher les moyens de le réaliser. J’ai alors sollicité un programme de mécénat intitulé Les Nickels de l’Initiative, porté par une entreprise locale qui faisait alors partie des principaux producteurs mondiaux de ferronickel. L’objectif du programme était de donner un coup de pouce à des initiatives émanant du tissu social et associatif calédonien dans les domaines très variés du sport, de la culture, de l’environnement, de la solidarité… L’opportunité était belle, presque inespérée : un acteur économique du territoire acceptait de soutenir un projet de transmission historique à destination des enfants. Ce financement a permis de donner corps au parcours et de créer des supports adaptés.

Le principe  était simple : proposer aux élèves une visite guidée des principaux sites du bagne de la presqu’île, puis prolonger cette découverte par des ateliers. La visite permettait d’ancrer l’histoire dans les lieux. Les élèves ne se contentaient plus d’entendre parler du bagne : ils en observaient les traces, les bâtiments, les paysages, les distances, les contraintes. Les ateliers, eux, permettaient d’aller vers une approche plus personnelle et plus sensible.

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Réalisation du projet

J’avais à cœur de proposer des activités capables de mobiliser différentes formes d’intelligence et de sensibilité. Tous les élèves n’entrent pas dans l’histoire de la même manière. Certains comprennent mieux en observant, d’autres en manipulant, en dessinant, en écrivant, en échangeant ou en imaginant. Il fallait donc créer un dispositif qui permette à chacun de trouver sa place, de mettre en avant ses aptitudes et de s’approprier cette histoire à son niveau.

Pour donner forme à ces idées, je me suis rapprochée de Terence Barnes, de La Hutte en chantier. Il a su mettre en espace et structurer les propositions avec beaucoup de justesse. Les supports ont été brillamment illustrés par Isabelle Ritzenthaler, dont le travail a permis de rendre les contenus à la fois accessibles, sensibles et visuellement attractifs pour les élèves.

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Un cadre exceptionnel pour une immersion réussie

Il a également fallu composer avec le lieu d’accueil. Grâce à un partenariat avec l’Institut du CREIPAC, en Nouvelle-Calédonie, le projet a trouvé un cadre particulièrement fort : un ancien bâtiment du bagne, idéalement situé face à la mer. Ce lieu portait déjà en lui une part de l’histoire que nous souhaitions transmettre. Mais il imposait aussi des contraintes. Ancien logement d’habitation, il avait conservé la disposition initiale de ses salles, ce qui ne permettait pas de réunir facilement une classe entière dans un même espace.

Plutôt que de considérer cette contrainte comme un obstacle, nous l’avons intégrée à la conception du dispositif. Les ateliers ont été répartis dans cinq petites salles, chacune proposant une activité différente. Cette organisation permettait une circulation des groupes, un rythme plus dynamique et une meilleure appropriation des contenus par les élèves. Le lieu n’était plus seulement un décor : il devenait un élément actif du parcours.

Les scolaires au rendez-vous

Dès la première année, plus de vingt classes sont venues découvrir le dispositif. Ce succès a confirmé l’existence d’un véritable besoin. Les enseignants se sont saisis du parcours, parce qu’il leur offrait à la fois un contenu fiable, un cadre pédagogique et une expérience de visite adaptée aux élèves. Depuis, Le bagne en héritage a été largement plébiscité par le monde enseignant.

Ce projet reste pour moi un exemple très concret de ce que peut être la conception d’une offre culturelle pour les scolaires. Il ne s’agit pas simplement de proposer une visite ou de produire des supports. Il faut partir d’un besoin identifié, comprendre les attentes éducatives, dialoguer avec les institutions, trouver les financements, tenir compte des contraintes du lieu, choisir les bons partenaires, concevoir des outils adaptés et penser l’expérience des élèves du début à la fin.

Avec Le bagne en héritage, j’ai voulu montrer qu’une histoire difficile peut être transmise avec exigence, mais aussi avec attention. Il ne s’agissait pas d’adoucir le sujet, ni de le rendre anecdotique. Il s’agissait de donner aux élèves les moyens de comprendre, de ressentir, de questionner et de garder une trace de cette rencontre avec l’histoire.

Créer une offre scolaire, c’est cela : faire le lien entre un contenu historique, un territoire, des enseignants, des élèves, des partenaires et un lieu. C’est transformer une obligation de programme en expérience de découverte. C’est permettre à une histoire longtemps difficile à transmettre de devenir un objet d’apprentissage, de réflexion et de mémoire partagée.

Si vous me découvrez par cet article, je m’appelle Emmanuelle Eriale et je suis la fondatrice de À l’Encre de l’Histoire, spécialisée en Ingenierie culturelle et Valorisation du Patrimoine.
Je conçois des projets culturels qui donnent envie d’entrer dans l’histoire.

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