J’ai eu la chance de faire partie du comité de pilotage de l’ouvrage consacré au patrimoine de la Nouvelle-Calédonie, édité aux Éditions Hervé Chopin, en collaboration avec la Fondation Clément. Réalisé sous la direction de Louis Lagarde, ce projet éditorial d’envergure invite à découvrir la grande diversité du patrimoine calédonien à travers plus de 1 500 photographies, une série d’articles thématiques et plus de 1 000 notices.
Réunissant les contributions de près de 30 auteurs, choisis parmi les meilleurs spécialistes de leurs domaines, cet ouvrage constitue bien plus qu’un beau livre. Il est à la fois un outil de connaissance, un support de transmission et un hommage à toutes celles et ceux qui œuvrent pour identifier, protéger, conserver et rendre accessible le patrimoine de la Nouvelle-Calédonie.
Ma participation à ce projet ne s’est pas limitée au comité de pilotage. J’ai également rédigé des notices consacrées à des éléments patrimoniaux spécifiques, ainsi que des textes portant sur des thématiques plus larges, comme l’élevage ou l’histoire de l’électricité. Ces sujets peuvent sembler très différents, mais ils racontent tous une partie du territoire. Ils montrent comment les paysages, les techniques, les bâtiments, les infrastructures, les usages et les modes de vie se sont transformés au fil du temps.
Comme souvent dans mon travail, l’écriture a commencé par une enquête. Les recherches m’ont conduite aux archives, dans les lieux de savoir, mais aussi au contact des habitants, des personnes ressources et des sachants. Pour écrire sur le patrimoine, il ne suffit pas de consulter des documents. Il faut aussi écouter celles et ceux qui connaissent les lieux, qui les ont fréquentés, entretenus, transformés ou transmis. Le patrimoine existe dans les pierres, les objets et les paysages, mais il existe aussi dans les mémoires, les gestes et les récits.
Ce travail d’écriture demande donc une attention particulière. Il faut vérifier les informations, croiser les sources, replacer chaque élément dans son contexte, mais aussi rendre le texte lisible pour un large public. Une notice patrimoniale doit être précise sans être fermée. Elle doit donner des repères, susciter la curiosité, permettre au lecteur de comprendre pourquoi un lieu, un bâtiment, une pratique ou un objet mérite d’être regardé autrement.
Participer à cet ouvrage m’a aussi rappelé une réalité essentielle : le patrimoine n’est jamais figé. Entre le moment où la rédaction s’est achevée et celui où l’ouvrage a été diffusé au grand public, le patrimoine calédonien avait déjà évolué. Certains bâtiments avaient changé de destination. C’est parfois un moindre mal, lorsque ces transformations permettent de conserver une présence dans le paysage. D’autres éléments, en revanche, avaient tout simplement disparu.
Cette fragilité rend ce type d’ouvrage indispensable. Documenter le patrimoine, c’est aussi le saisir à un instant donné. C’est figer provisoirement un état des connaissances, conserver la mémoire de ce qui existe encore, mais aussi de ce qui risque de ne plus être visible demain. Aucun ouvrage aussi complet n’avait été réalisé depuis plusieurs dizaines d’années sur le patrimoine de la Nouvelle-Calédonie. Ce projet a donc été l’occasion d’un véritable inventaire, d’un recensement et d’une mise à jour des connaissances disponibles.
Au sein du comité de pilotage, mon rôle consistait également à contribuer à la cohérence d’ensemble de ce travail collectif. Dans un ouvrage de cette ampleur, chaque notice, chaque article, chaque photographie doit trouver sa place dans une vision globale. Il ne s’agit pas seulement d’accumuler des informations, mais de construire un parcours de lecture, capable de rendre compte de la diversité du patrimoine calédonien : patrimoine bâti, naturel, industriel, religieux, mémoriel, immatériel, rural ou urbain.
Ce projet a confirmé une conviction forte dans mon parcours : un ouvrage patrimonial réussi est un outil vivant. Il rassemble des données, mais il ne les enferme pas. Il permet de transmettre, de sensibiliser, d’ouvrir des pistes de recherche, de créer des supports pédagogiques, des visites, des expositions, des projets de médiation ou de nouveaux récits autour d’un territoire.
Aujourd’hui, l’ouvrage est disponible. Il constitue une base précieuse pour tous ceux qui s’intéressent au patrimoine de la Nouvelle-Calédonie. Il nous appartient désormais de faire vivre ces données, de les transmettre, de les compléter et de les utiliser pour imaginer de nouveaux projets.
Participer à cette aventure éditoriale, c’était prendre part à une œuvre collective pensée pour durer. C’était aussi contribuer, à ma place, à rendre visible un patrimoine multiple, parfois fragile, souvent méconnu, mais profondément lié à l’histoire et aux habitants de la Nouvelle-Calédonie.
J’espère que les lecteurs auront autant de plaisir à le parcourir que nous en avons eu à l’écrire.
Si vous me découvrez par cet article, je m’appelle Emmanuelle Eriale et je suis la fondatrice de À l’Encre de l’Histoire, spécialisée en Ingenierie culturelle et Valorisation du Patrimoine.
Je conçois des projets culturels qui donnent envie d’entrer dans l’histoire.
